Quand la Neige Danse – Sonja Delzongle

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Comme lors de mon précédent article, je vais, non pas évoquer le dernier roman de Sonja Delzongle mais l’ensemble des deux oeuvres qui composent les titres Dust et Quand la Neige Danse.

Pourquoi ? Parce que.

Avant de me lancer dans un exposé pas du tout objectif du travail de cette auteure lyonnaise comme moi (pas d’origine mais ça compte quand même) et qui a vécu quelques années à Dijon comme moi, je vais évoquer la rencontre hasardeuse aux Quais du Polar 2016. A vrai dire, je ne la connaissais pas avant et elle se trouvait au même stand où Johana Gustawsson rencontraient ses lecteurs. J’étais venu bien avant l’heure rencontrer cette dernière pour son magnifique Block 46. Et c’est en patientant, tel une groupie, que j’ai été happé par le regard de Sonja Delzongle. Des yeux d’un bleu intense, qu’on en rencontre que dans les livres que nous aimons tant lire. Ensuite après un échange cordial et un 4ème de couverture du premier volet attrayant, je me suis promis de tenter l’expérience kényane.

C’est dans ce pays africain que les aventures d’Hanah Baxter, profileuse française exilée aux Etats-Unis, débutent sur les chapeaux de roue. Elle va y mener deux enquêtes en plein coeur d’une Afrique méconnue dont la passion de l’auteure pour ce pays va au-delà de la réalité du quotidien. Tout au long du livre, à divers moments, j’ai ressenti la personnalité de Sonja Delzongle à travers l’héroïne. Bien entendu, je ne prétends pas qu’elle ait vécu tout ce qui est dépeint dans le livre mais certaines choses ne peuvent pas s’inventer.

Le second ouvrage se déroule dans un coin à priori tranquille des Etats-Unis. La Hanah Baxter très sex drugs & rock’n’roll s’est assagie, au point de succomber à la mode de la cigarette électronique. Par contre, hors de question de changer de méthodes d’investigation. Bien que je regrette le fait que sa présence soit moins importante, elle reste néanmoins originale et décisive pour l’intrigue.

Dans les deux oeuvres, nous évoluons au gré d’un style simple et efficace. Dust parait plus complet et plus long car Sonja Delzongle a mis du coeur à décrire et à présenter le Kenya tel qu’elle l’a vécu. Bien entendu, niveau intrigue, nous ne sommes pas en reste. Tandis que dans le second, l’image des Etats-Unis est plus connue et l’auteure nous propose une enquête beaucoup plus complexe avec un dénouement inattendu. D’ailleurs, petite question personnelle à Sonja Delzongle si elle lit ces quelques lignes : si tu as fait des schémas brouillon pour mettre au point l’intrigue de Quand la Neige Danse, combien de temps t’a-t-il fallu pour les déchiffrer ?

Finalement, je ne pense pas être le premier homme à m’être fait avoir pas son regard, mais celui-ci m’a permis de découvrir une très belle référence en terme de thriller. Il me tarde de retrouver Hanah Baxter dans un futur roman, héroïne atypique loin des stéréotypes que nous connaissons dans le genre.

 

Surtensions – Olivier Norek

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Bien que l’article évoque le dernier volet de la trilogie du Groupe Crime 1 de la SRPJ 93, je vais revenir sur la totalité des oeuvres car elles sont indissociables. Alors pourquoi ce titre ? Tout simplement parce qu’il s’agit du dernier volet, soit le mieux référencé sur les sites de recherche (tant qu’à faire).

Généralement, il me faut le temps de digérer une oeuvre pour rédiger l’article donnant mon avis. Mais cette fois, à peine achevés, le besoin de parler, de hurler, bref de m’exprimer sur ces chefs d’oeuvre s’est imposé. Je n’ai jamais eu autant de sentiments opposés en simultané. Je n’en dirai pas plus pour ne pas dévoilé ce final en feu d’artifice, mais toutes ces émotions m’envoient vers une question : quand la suite ? Et ce petit message personnel à Olivier Norek : Bon courage pour tenter d’élever encore le niveau dans le prochain roman ! Car on sent la plume progresser  au fil des trois livres avec Surtensions en bouquet final.

Ceci étant, pour apprécier le travail d’un artiste, il faut connaitre l’artiste. Olivier Norek est un officier de la Police Judiciaire de Seine-Saint-Denis. Il est « de la maison ». Et si on en croit le sketch de Coluche, il s’agit du flic qui sait écrire. Ca ne fait aucun doute. Son style ne laisse pas de place à l’hésitation, aux explications inutiles ou aux motifs des tapisseries des lieux visités. On va à l’essentiel, et à un rythme effréné. On fait partie du Groupe Crime 1 de la SRPJ 93 aux côtés de Victor, Ronan, Sam, Johanna et Léa. Les sujets exploités sont actuels, très réels – voir trop – et ça nous parle.

Lors de ma rencontre aux Quais du Polar 2016, j’ai découvert un homme merveilleux, plein d’humour et de second degré (cf. ci-dessous). L’auteur m’a affirmé que, malgré son vécu, l’imagination avait eu une part importante dans les enquêtes et les dialogues. D’ailleurs, ces derniers sont de hautes volées avec certaines phrases dignes d’Audiard (et ouai, carrément).

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Enfin, je vais arrêter d’en parler car, comme vous l’aurez compris, je n’ai pas aimé, j’ai adoré. Et désolé si mon article est un peu décousu, il est écrit à chaud et je veux qu’il soit ainsi, débraillé, ému, à l’image de l’état dans lequel je suis sorti de cette trilogie.

D’ailleurs, j’ai un rêve un peu fou actuellement, être son supérieur pour lire ses rapports.

PS : Pour enrichir votre playlist, voici le morceau qui tournait en boucle dans mes oreilles en parallèle à ma lecture. Je trouve les paroles bien à propos. Mélange de tant d’émotions contradictoires.

Block 46 – Johana Gustawsson

J’ai hésité pendant un moment avant de rédiger cet article. Non pas parce que le livre n’est pas au niveau de mes attentes – c’est même tout le contraire -, mais parce qu’il m’est difficile d’avoir un avis critique sur des faits historiques qui me passionnent. Voir pire, qui m’inspirent (NDLA : je ne sais pas comment cette phrase sera perçue, mais tant pis, je la laisse quand même, vous verrez plus loin).

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La Seconde Guerre Mondiale et les camps de concentration, sujet maintes fois exploité par les romanciers. Se démarquer devient donc une tâche ardue. Et je suis bien placé pour le savoir car c’est aussi le thème de ce qui sera, je l’espère, mon premier roman (NDLA : voilà, c’est pour cela que ça m’inspire). Néanmoins, je reste toujours curieux des fictions proposées sur cette page de l’histoire qui nous ressasse sans cesse le fameux « Plus jamais ça ! ».

Mais cela peut se transformer en piège pour les lecteur avertis. Des faits historiques approximatifs peuvent venir biaiser l’avis sur une oeuvre là où une lecteur moins au fait des événements de l’époque va mettre des « J’aime » partout où le nom du roman apparaîtra sur les réseaux sociaux. Ici, ce n’est pas le cas. L’auteure s’est beaucoup documentée et on y est. On ressent les traitements subis par les prisonniers et leurs conditions de (sur)vie. Non pas comme des animaux, Hitler s’était chargé de cela en faisant des lois interdisant leur maltraitance, mais bien au delà de ce que notre imagination débordante peut avoir.

A travers une plume simple, qui va à l’essentiel, Johana Gustawsson nous balade de page en page sans trop en faire, juste le nécessaire pour guider notre imaginatif et conserver une idée précise des lieux et des personnages colorés tels qu’elle les a elle-même souhaités. Cela donne un rythme soutenu à la lecture sans pour autant sauter des étapes. C’est généralement ce que je recherche dans un polar/thriller, une course poursuite avec les mots, prendre les virages avec le coeur qui veut prendre l’air, jusqu’au dérapage où l’on sort indemne mais salement secoué.

Je ne sais pas encore s’il s’agit d’un coup dans le foie ou dans le coeur (voir même les deux), toujours est-il que cet ouvrage m’a marqué. On dit souvent, lorsqu’on évoque les camps de concentration, que la réalité dépasse la fiction tant de choses se sont passées en ces lieux. Et si, pour une fois, cette maxime n’était pas avérée ?

Enfin, je voulais adresser un petit message à Johana directement. Je souhaite te remercier pour ce super échange lors des Quais du polar. J’aurais aimé passer plus de temps à discuter mais tes lecteurs qui faisaient la queue (et peut-être mes futurs lecteurs) m’auraient certainement haïs avant de me connaitre. Et surtout, ne change jamais !

Site de l’auteure : http://johanagustawsson.com/fr/

Site de l’éditeur : http://www.bragelonne.fr/livres/View/block-46-1

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Elles étaient parfaites – 01

De nos jours.

 

4:53. Les chiffres rouges du réveil diffusaient une lumière pâle dans la chambre. John Radovic n’arrivait résolument pas à dormir. Depuis le pire tournant de sa carrière quelques mois plus tôt, il était devenu insomniaque. Il aurait pu céder à la facilité et se rendre en pharmacie pour récupérer les cachetons prescrits par le médecin du travail mais ce n’était pas dans sa personnalité de tomber dans une quelconque dépendance. C’est ce qu’il avait lu dans quelques articles évoquant les somnifères. On pouvait ensuite devenir en manque, comme pour les drogues. L’alcool aussi aurait pu être une solution. Il aimait boire, mais occasionnellement et cela lui avait déjà joué de mauvais tours.

5:21. Ca ne voulait décidément pas avancer. Par moment, il avait même l’impression que l’heure tournait dans le mauvais sens. Mais il fallait qu’il arrête de fixer ces chiffres. Le manque de sommeil et la vivacité de l’éclairage lui explosaient les yeux. Il en avait marre de mariner pour cette nuit. Il ne dormirait pas.

Il se mit assis au bord du lit, se frotta les yeux pour tenter vainement de se sentir plus en alerte. Tant pis, la chambre et cette lumière blafarde, c’était fini pour cette nuit. Il se leva et, sans allumer le plafonnier, alla ouvrir les volets roulants. La nuit était encore bien présente. La pâleur de la pleine lune éclairait la rue déserte. Il resta quelques instants à la contempler. Il ne cherchait rien de particulier, juste quelque chose de plus doux que l’affichage de son réveil. Bordel qu’il détestait cet appareil ! C’était pour lui la pire invention que l’être humain avait fait. A lui seul, cet engin de malheur représentait la soumission au pouvoir. Il forçait les gens à se lever pour aller enrichir quelqu’un d’autre. « Liberté mon cul » lâcha John, pour lui-même, en pleine réflexion sur le sujet. Il pensa aussi à l’expression «  le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt ». Mais pour ceux qui ne dormaient pas, y avait-il quelque chose d’identique ? Il avait vraiment besoin de sommeil.

Il sortit de la chambre et traversa le couloir de son appartement du huitième arrondissement de Lyon. Sa destination était la cuisine pour s’envoyer un verre d’eau. Sa gorge était sèche. Il fit cela sans éclairage. Ses yeux ne semblaient pas encore prêts à supporter la lumière crue des ampoules halogènes au dessus du plan de travail.

Une fois réhydraté, il s’adossa à l’évier et se replongea une nouvelle fois dans cette soirée où tout avait basculé pour lui. Cette putain de soirée qui tourmentait ses nuits depuis des mois. Il essayait de comprendre comment il avait pu dégoupiller mais aucune réponse n’était encore apparue. Ses tourments cesseraient peut-être s’il la trouvait.

Pourtant, ce n’était pas faute de chercher. Chaque jour, il se remémorait ces instants. Il avait décidé de rejoindre sa meilleure amie dans un café concert où un petit artiste local avait repris le répertoire du bluesman Robert Johnson. La légende racontait que ce musicien américain avait, suite au décès de sa femme, vendu son âme au diable pour devenir le guitariste talentueux qu’on connaissait. Depuis, John se disait qu’il aurait dû y voir un signe.

La soirée s’était déroulée parfaitement. La musique avait été bonne. Il avait bu beaucoup de bière, se laissant emporter par la chaleur de l’instant.

Malgré sa consommation exagérée, il avait repris le volant et avait décidé de passer dans le quartier des prostituées. Pas question de consommer. Mais, de par son histoire, il se sentait chargé d’une mission auprès de ces filles qui, pour certaines, n’avaient pas choisi leur trajectoire professionnelle.

John s’était retrouvé orphelin dès le début de sa vie. Non pas qu’il fut né sous X, mais sa mère l’avait laissé dans un centre d’accueil le temps de trouver les moyens de l’élever. C’était en tout cas ce qu’on lui avait raconté. Malheureusement, elle n’était jamais revenue le chercher et il n’avait aucun souvenir de sa mère. Son envie de la retrouver afin de comprendre avait fait son temps après quelques vaines tentatives. En conservant le nom de jeune fille de sa mère, il avait eu un point de départ intéressant pour ses recherches et quelques théories sur son histoire. Et plus il avait avancé, plus il avait été persuadé d’une chose, sa mère était une femme de l’Est venue tapiner dans la capitale des Gaules, amadouée par un passeur qui lui avait promis le paradis occidental. Combien, John, avait-il ramassé de ces pauvres filles paumées depuis qu’il était entré dans la police ? Il ne les comptait plus. Mais à chaque fois, une nostalgie l’envahissait, étant persuadé que sa mère avait été, comme ces malheureuses parfois mineures, déracinée pour du fric. D’ailleurs, contrairement à certains de ses collègues, il les percevait comme des victimes et non comme des délinquantes, bien que vendant leurs corps sur la voie publique et consommant des produits stupéfiants, histoire d’oublier ou d’annihiler la douleur pour enchainer les passes. Ces douleurs qui pouvaient être aussi bien morales que physiques. Il s’était donc lié d’amitié avec certaines.

Ce fameux soir, en apercevant un petit groupe composé d’un homme et de deux prostituées, il avait ralenti, reconnaissant Ilda, une de ses petites protégées. Il n’avait été qu’à quinze mètres du groupe quand il vit le mec gifler son amie. Son sang n’avait fait qu’un tour. Il avait stoppé net la voiture à leur hauteur, était descendu et, s’aidant de son arme de service, avait menotté ce mal élevé en distribuant quelques beignes, pour la forme. Il avait une haine farouche envers ces lâches qui pensaient faire acte de virilité en s’en prenant au sexe faible.

L’histoire aurait pu en rester là, si seulement cette petite frappe n’avait pas continué à le provoquer pendant l’interrogatoire. Contrairement à ses habitudes, John n’avait pas voulu attendre le lendemain pour le questionner sur son activité et, encore sous l’effet des quelques bières consommées dans la soirée, il avait décidé de terminer ce qu’il avait entamé sur le trottoir du quartier de Perrache. Et cette fois, difficile de plaider la légitime défense car, lorsque ses collègues étaient intervenus pour l’écarter de son punching-ball du soir, ce dernier était encore menotté à la chaise du bureau. Le flic avait dessaoulé net sous les secousses des autres agents mais il était trop tard. Le dernier souvenir de cette soirée qui l’hantait encore avait été le sourire satisfait de l’avocat du petit proxénète. Ce sourire du travail accompli avec succès, ne pas porter plainte en échange de l’annulation des poursuites et de la prise en charge des soins. Mais pour le flic éméché, cela était désormais devenu le cadet de ses soucis.

Il avait beau se rappeler cela toutes les nuits, il n’arrivait pas à comprendre comment cela avait pu déraper. Ce n’était pas un enfant de cœur. Les interrogatoires musclés étaient une méthode d’intimidation qu’il avait l’habitude d’exploiter pour avancer dans ses enquêtes, mais jamais devant témoins et, surtout, jamais au commissariat.

Il avait besoin de se débarbouiller. Toujours sans lumière, il prit la direction de sa salle de bain. Une fois devant le lavabo, il s’aspergea le visage, telles des ablutions afin de se purifier en quête de cette réponse. Il attrapa ensuite la serviette et, une fois le front et les joues épongées, il alluma la lumière pour se regarder dans le miroir. C’était le même rituel, tous les matins. Il espérait se percer à jour à travers son propre reflet, trouver cette réponse tant attendue dans son regard. Toujours sans succès.

Son téléphone portable se mit à sonner. Qui pouvait appeler si tôt le matin ? Il l’attrapa sur le meuble de l’entrée. Il vit que le Commandant Claude Vallette, son supérieur, tentait de le joindre. Il constata au passage qu’il était déjà sept heures passé de quelques minutes.

–          Allo ?

–          John, j’ai besoin de toi à Saint-Cyr-Au-Mont-d’Or, quartier de la Source. Tu trouveras facilement.

Son interlocuteur raccrocha sans en dire plus. Mais il n’y avait pas besoin. Le flic avait compris. Il retournait sur le terrain.